Père Dingemann

Organiser la pastorale des divorcés

Confrontées à la multiplication des divorces, les communautés chrétiennes, mais aussi les familles, sont appelées à des responsabilités nouvelles. Pour redonner au sacrement du mariage sa véritable signification et en même temps augmenter les chances de stabilité et de bonheur des couples mariés, la nécessité d’une double préparation est nécessaire : une catéchèse renouvelée, enseignant l’essentiel d’une foi adulte ; une formation aux réalités de la vie matrimoniale. Ceci a déjà été souligné lorsque nous avons parlé de l’évangélisation du mariage. En même temps, il a été noté déjà qu’une telle préparation demande des délais. Elle exige aussi que soient formées des équipes de laïcs responsables de ce ministère et soutenus par des prêtres.
La formation d’équipes pastorales bien formées est évidemment aussi souhaitable pour l’accueil des personnes divorcées, isolées, en voie de remariage ou remariées civilement. De telles équipes existent déjà dans certains diocèses. Elles devraient être constituées selon les besoins régionaux.
Leur organisation se heurte cependant à certaines résistances de la hiérarchie qui craint qu’elles ne prennent trop de liberté avec le droit canonique. Des résistances se rencontrent aussi de la part de prêtres soucieux d’une certaine autonomie dans l’exercice de leurs responsabilités pastorales. Ils craignent que soit mis en place un réseau de responsables qui auraient droit de décision et qui instaureraient ainsi une nouvelle organisation judiciaire plutôt qu’un accompagnement pastoral. Sur ce point ils ont raison. Il serait dangereux d’instituer en ce domaine de nouveaux tribunaux ecclésiastiques. D’autres craignent qu’une pastorale spécialisée crée un monde à part des divorcés remariés aux dépens de leur intégration dans les communautés normales. N’y a-t-il pas aussi quelque danger de démission pour le prêtre consulté qui répond : « Moi, je ne puis rien pour vous, mais allez voir untel qui s’occupe de ces choses ? »
Ces objections sont de valeur. Cependant, beaucoup de prêtres reconnaissent qu’ils n’ont pas tous les charismes, et notamment pas celui-là. Une instance d’accompagnement et de formation des consciences, qui ne soit pas judiciaire, leur paraît d’autant plus souhaitable que, en Occident, le nombre de prêtres est en diminution et ne peut répondre à toutes les tâches requises pour un accompagnement personnalisé des chrétiens qui demandent leur aide.

Célébrer un remariage?

Des divorcés remariés ont été aidés à comprendre les conditions requises pour agir avec rectitude. Ils témoignent que leur conscience est en paix. Certains en concluent d’eux-mêmes que la réception des sacrements leur est permise en conscience.
D’autres demandent cependant une autorisation qu’il n’y a plus de raison autre que légaliste de leur refuser.
Certains qui ne sont pas encore remariés veulent consacrer leur nouvelle union et demandent une célébration religieuse qui manifeste qu’ils ne sont pas exclus de la communauté chrétienne mais au contraire en font faire pleinement partie.
Dans les circonstances actuelles, certains évêques ont pris sur eux, et malgré le droit, d’autoriser des réunions de prière qui comportent une bénédiction des nouveaux époux. Ils mettent parfois des conditions à ces célébrations : d’abord qu’elles se déroulent en dehors de l’église paroissiale et un autre jour que le mariage civil ; ensuite que soit évité l’échange des consentements et des anneaux car ces rites sont caractéristiques du mariage sacramentel et peuvent prêter à confusion.
Des prêtres, et c’est mon cas, préfèrent célébrer une eucharistie quand il s’agit de personnes profondément chrétiennes. Dans la mesure même où, toujours en conscience, elles demeurent habilitées à recevoir les sacrements, n’est-ce pas l’Eucharistie qui manifeste le mieux l’offre permanente du salut en Jésus-Christ crucifié, qui nourrit leur projet de vie chrétienne, qui dit leur communion avec les autres chrétiens? L’essentiel est ainsi rendu présent: l’accueil du Christ et de la communauté chrétienne à des frères dans la foi.

Bien préparée ensemble, faisant place à des paroles vraies, de telles eucharisties ne laissent indifférent aucun des croyants qui y participent.
Aujourd’hui, il convient qu’une telle célébration soit non pas secrète mais discrète. Il faut que le sens puisse en être expliqué à un cercle restreint de parents et d’amis, bien au courant de la situation. Il est néanmoins très regrettable que ces célébrations liturgiques demeurent en marge de la discipline canonique de l’Église romaine. À plusieurs reprises dans ce dossier, il a été souhaité que cette dernière, à l’instar des Églises orthodoxes, reconnaisse ouvertement la légitimité de certains remariages. La reconnaissance de la destruction irrémédiable d’une union ne peut-elle avoir des conséquences à la fois différentes mais analogues à celles tirées lorsque la nullité d’une première union est juridiquement reconnue par l’Église ? N’y a-t-il vraiment aucune sacramentalité dans le remariage de ceux qui, en toute honnêteté, s’engagent en une nouvelle alliance dans le Seigneur ? Le danger d’abus, qui peut être prévenu par une vraie formation des consciences, est-il plus grave que le danger de rigorisme ? Dans le cas où de tels remariages seraient reconnus, un rituel particulier devrait permettre d’en dégager la signification dans la doctrine de l’Église. Cette dernière n’est-elle pas messagère de la gratuité du salut dispensé par Dieu ? N’y a-t-il pas place dans son enseignement pour une théologie de l’échec salutaire ? Une telle révision de son comportement à l’égard des divorcés serait surtout le témoignage de la fidélité de Dieu et que l’Évangile est vraiment « Bonne Nouvelle » pour tous les hommes et femmes de bonne volonté.

Extaits du livre de Louis Dingeman « Jésus face au divorce » 2004 édition Racine , Fidélité

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